Masques Oubliés dans la Réserve
Dans une réserve privée en France, la photographe de 32 ans Bianca et la guide de 29 ans Imani se laissent emporter par un désir mutuel et baisent passionnément
Je m’appelle Bianca, j’ai trente-deux ans, et je n’aurais jamais cru qu’une journée de travail dans une réserve privée du sud-ouest de la France finit par me laisser les cuisses serrées, le souffle court, et l’esprit obsédé par une femme que je connaissais à peine six heures plus tôt. Je suis photographe. On m’engage pour des reportages nature, des catalogues de luxe, des clichés qui doivent sentir le velours et le silence. Ce jour-là, le groupe entier avait annulé — un imprévu, une grève de trains, peu importe. Il ne restait que moi, mon matériel, et Imani.
Imani avait vingt-neuf ans. Guide expérimentée de la réserve, elle portait un pantalon de toile sombre, une chemise légère rentrée à la taille, les cheveux nattés en couronne haute. Quand elle m’a saluée devant le pavillon d’accueil, sa voix était calme, un peu rauque, et son regard s’est attardé une fraction de seconde de trop sur mon collier, puis sur ma bouche. Je l’ai senti. Comme on sent la chaleur d’un corps avant même de le toucher.
— Tout le monde a décommandé, a-t-elle dit. On peut annuler, ou… je peux vous faire le circuit seul. Comme vous voulez.
J’ai choisi de rester. Évidemment.
Les sentiers de la réserve serpentaient entre des chênes centenaires et des clairières d’herbes hautes. L’air sentait la terre humide et le thym sauvage. Je photographiais, ou plutôt je prétendais photographier. Mon appareil me servait de prétexte pour m’approcher, pour la regarder de profil pendant qu’elle montrait une empreinte, un oiseau, une vieille borne de pierre. Ses mains étaient larges, soignées, les ongles courts. Quand elle se penchait pour écarter une branche, le tissu de sa chemise se tendait entre ses omoplates et je me surprenais à imaginer la peau dessous.
On a parlé. D’abord de travail, puis de choses plus floues. Elle m’a dit qu’elle aimait les endroits où l’on n’entend plus personne. Moi, j’ai avoué que mon dernier duo s’était achevé dans un silence glacial, et que je n’avais touché personne depuis des mois — personne comme il faut, du moins. Elle a ri doucement.
— Des mois, a-t-elle répété. C’est long, pour quelqu’un qui regarde comme vous regardez.
— Comment je regarde ?
— Comme si vous aviez déjà envie de savoir le goût.
Le sang m’est monté aux joues. Je n’ai pas nié. On marchait côte à côte, les hanches parfois à quelques centimètres. Une fois, mon bras a frôlé le sien ; ni l’une ni l’autre n’a reculé. Plus loin, sur un ponton au-dessus d’un étang, elle s’est arrêtée et m’a demandé ce que je désirais vraiment, quand j’étais seule, la nuit. J’ai hésité. Puis j’ai parlé. De mains. De bouches. De l’envie d’être tenue fermement contre un mur, d’être regardée pendant qu’on me déshabille lentement. Elle écoutait sans bouger, les lèvres légèrement ouvertes, les yeux fixés sur mon visage comme on fixe une proie qu’on ne veut pas effrayer.
— Moi, a-t-elle dit enfin, j’aime quand une femme me dit exactement ce qu’elle veut. Sans détour. J’aime aussi… prendre mon temps. Sentir. Faire attendre.
Sa voix était plus basse. On est reparties. La tension ne s’est pas dissipée ; elle s’est installée entre nous comme une troisième présence, chaude, insistante. Chaque regard échangé durait trop longtemps. Chaque silence était chargé.
L’averse est arrivée sans prévenir — un ciel qui s’ouvre d’un coup, de grosses gouttes tièdes qui claquent sur les feuilles. Imani a saisi mon poignet.
— Par ici. Il y a une cabane.
On a couru. L’abri était une ancienne hutte de gardes, planches grises, toit de tôle, une seule pièce avec une table branlante, deux chaises, une banquette couverte d’une couverture pliée. L’odeur de bois sec et de poussière. Dehors, la pluie tambourinait. Dedans, nos vêtements collaient déjà. Ma chemise transparente collait à mon soutien-gorge ; la sienne dessinait la ligne de sa poitrine. On s’est regardées. L’espace était étroit. Pour passer près de la table, nos corps se sont frôlés volontairement — hanche contre hanche, mon sein contre son bras. Ni l’une ni l’autre n’a murmuré excuse.
Imani s’est tournée vers moi. L’eau perlait sur sa tempe, coulait le long de son cou. Elle a tendu la main et, très lentement, a posé ses doigts sur l’extérieur de ma cuisse, juste au-dessus du genou, là où mon pantalon était trempé. Elle a caressé vers le haut, un geste doux, presque indécis, puis plus sûr. Sa paume a chauffé mon tissu. J’ai senti le frisson remonter jusqu’au bas de mon ventre.
— Bianca… j’ai envie de toi depuis qu’on a quitté le pavillon, a-t-elle dit. Franchement. Pas juste un peu. J’ai envie de te toucher pour de vrai. Si tu ne veux pas, dis-le maintenant et j’arrête.
Mon cœur battait trop fort. J’ai posé ma main sur la sienne pour l’empêcher de retirer ses doigts. Puis j’ai avancé, j’ai pris son visage entre mes paumes et je l’ai embrassée.
Ce n’était pas un baiser poli. C’était une réponse. Bouche ouverte, langue cherchant la sienne, un gémissement bas coincé dans ma gorge quand elle a répondu avec la même faim. Ses lèvres étaient chaudes, un peu salées de pluie. Elle a attrapé ma taille, m’a plaquée contre elle ; j’ai senti la fermeté de son ventre, la pression de ses seins contre les miens. Sa main a glissé plus haut sur ma cuisse, du côté intérieur cette fois, encore au-dessus du tissu, et j’ai écarté légèrement les jambes sans même y penser. Elle a souri contre ma bouche.
— Oui ? a-t-elle soufflé.
— Oui. Tout. Je veux qu’on s’abandonne. Sans retenue. Comme tu as dit — sans détour.
On s’est embrassées encore, plus profondément. Ses doigts ont trouvé le bas de ma chemise, l’ont soulevé juste assez pour effleurer la peau de mon flanc. J’ai frissonné. J’ai glissé une main sous sa propre chemise, le long de son dos nu, senti la chaleur de sa colonne. Dehors, l’orage roulait. Dedans, on respirait trop fort. Elle a mordu doucement ma lèvre inférieure ; j’ai gémi. Sa cuisse s’est glissée entre les miennes, une pression ferme et délibérée contre mon sexe déjà humide, et j’ai poussé mon bassin vers elle en réponse, avide.
— Tu es déjà mouillée, a-t-elle murmuré contre mon oreille, presque émerveillée. Je le sens à travers le pantalon.
— C’est de ta faute, ai-je répondu, la voix rauque. Continue. Touche-moi. Dis-moi ce que tu vas me faire.
Elle a rire bas, un son qui m’a traversée. Sa main est remontée jusqu’à la fermeture de mon pantalon, a joué avec le bouton sans l’ouvrir encore, juste pour me faire attendre, exactement comme elle l’avait promis sur le sentier. Moi, j’ai défait deux boutons de sa chemise, assez pour voir le bord de son soutien-gorge noir, la courbe supérieure d’un sein. J’ai penché la tête, j’ai posé ma bouche sur sa clavicule, puis plus bas, laissant une trace humide. Elle a inspiré brusquement, a serré ma nuque.
On savait toutes les deux où ça menait. On le voulait. Dans cette cabane oubliée, sous la pluie, loin de tout regard, on s’était déjà choisies. Ses doigts ont enfin glissé sous mon pantalon, sous la dentelle de mon slip, et le premier contact direct — deux doigts chauds qui trouvent mon pli, qui sentent à quel point je suis prête — m’a arraché un soupir long, tremblant. Elle m’a embrassée pour l’avaler. Moi, j’ai ouvert plus grand mon pantalon, je lui ai laissé la place, et j’ai commencé à lui défaire la ceinture d’une main maladroite d’impatience.
L’orage n’était pas fini. Nous non plus.
Je n’ai pas eu le temps de finir d’ouvrir sa ceinture. Imani a saisi mon poignet, m’a fait pivoter d’un geste ferme et m’a plaquée contre le mur de bois brut. Les planches ont grincé sous mon dos. Sa bouche est descendue tout de suite sur mon cou, puis plus bas. Elle a écarté ma chemise trempée, a tiré mon soutien-gorge vers le bas sans même le dégrafer complètement, et sa langue a trouvé mon sein droit. Elle l’a léchée avidement, large et chaude, enroulant la pointe autour de mon mamelon déjà dur, le sucçant fort pendant que sa main pétrissait l’autre. J’ai gémi, la tête renversée, les doigts plantés dans ses nattes.
— Plus fort, ai-je soufflé. Je veux sentir ta langue partout.
Elle a obéi. Elle a changé de sein, a mordu doucement la chair, a tiré le mamelon entre ses dents avant de le caresser du bout de la langue. La pluie battait dehors, mais je n’entendais plus qu’elle. Sa main a glissé le long de mon ventre, a fini d’ouvrir mon pantalon, l’a fait descendre avec mon slip jusqu’à mes genoux. L’air frais de la cabane a touché mon sexe trempé. Imani s’est agenouillée. Ses paumes ont écarté mes cuisses. Elle a posé d’abord un baiser lent sur mon mont, puis sa langue a tracé mon sillon, du bas jusqu’au clito gonflé. Elle m’a dévorée. Langue plate, large, puis pointe précise qui tournait, appuyait, retirait. Elle a sucé mon clito entre ses lèvres, l’a tiré doucement, l’a relâché, l’a repris. Deux doigts sont entrés en moi sans prévenir, épais, cherchant le point qui m’a fait crier.
— Putain, Imani… oui, là…
Je me suis cambrée contre le mur. Elle me regardait par en dessous, les yeux brillants, le menton brillant de moi. Elle a ralenti exprès, m’a fait supplier. J’ai tiré sur ses épaules. On a glissé au sol, sur la couverture poussiéreuse. Je l’ai retournée. Ses vêtements sont partis en quelques gestes maladroits et pressés : chemise ouverte, pantalon descendu, slip noir jeté. Ses seins fermes, ses hanches larges, la chatte lisse et déjà luisante. Je me suis allongée à l’envers, mon visage entre ses cuisses, les siennes entre les miennes. Position 69. Sa bouche a repris mon clito pendant que j’ouvrais la sienne avec les doigts et que j’y plongeais ma langue. Elle goûtait le sel, le musc, la pluie encore sur sa peau. On s’est doigtées en même temps, fort, rythmées, deux, puis trois doigts qui tapaient, qui frottaient à l’intérieur pendant que nos langues travaillaient les clitos enflés. Les bruits humides, les gémissements étouffés contre la chair. Elle m’a mordu l’intérieur de la cuisse. J’ai poussé plus profond. On alternait : parfois elle dominait, pinçant mon cul, me forçant le bassin contre sa bouche ; parfois c’était moi qui agrippais ses fesses et qui la mangeais sans pitié jusqu’à la faire trembler.
— Monte sur mon visage, a-t-elle ordonné d’une voix rauque. Maintenant.
Je me suis redressée, me suis mise à califourchon au-dessus de sa bouche. Elle a attrapé mes hanches et m’a tirée vers le bas. J’ai posé mon poids. Sa langue m’a pénétrée, a lappé, a frotté mon clito en cercles rapides. Je me suis balancée, frottant mon sexe contre son visage, les seins lourds, les mains sur le mur derrière sa tête. L’orgasme est monté comme une vague trop grosse. J’ai joui bruyamment, un cri long, déchiré, les cuisses qui serraient sa tête, le jus qui coulait sur sa bouche, son menton. Elle a continué à me lécher pendant que je convulsais, avalant tout. Quand j’ai pu bouger, je me suis retournée, l’ai fait basculer, et c’est moi qui l’ai prise à mon tour, doigts en elle, langue sur son clito, jusqu’à ce qu’elle jouisse en m’arrachant les cheveux, en hurlant mon prénom.
On n’a pas arrêté. Elle m’a fait passer une jambe par-dessus la sienne. Ciseaux. Nos chattes collées, humides, chaudes, on a frotté clito contre clito dans un mouvement frénétique, hanches qui claquaient, mains agrippées aux cuisses, aux seins. Le frottement était parfait, glissant, pressant. On a accéléré ensemble. Je sentais son orgasme arriver en même temps que le mien — les muscles qui se tendent, le souffle coupé. On a joui ensemble, un dernier spasme partagé, les corps collés, les cris mêlés, le plaisir qui nous a traversées comme un même courant électrique. Le jus a coulé entre nous, chaud, abondant.
Après, on est restées enlacées sur la couverture. Son bras sous ma nuque, ma jambe sur sa hanche. On échangeait des baisers tendres, lents, salés de nous. Ses lèvres sur mon front, ma bouche sur son épaule.
— Je veux recommencer bientôt, a-t-elle murmuré. Pas juste ce soir. Demain. Après. Quand tu voudras.
— Moi aussi, ai-je répondu contre sa peau. On pourrait… rester ici. Passer la nuit. Personne ne viendra. On s’assume, juste nous deux, dans la réserve. Comme des amantes. Pas une aventure d’orage.
Elle a souri, a caressé mon sein du bout des doigts. On a décidé que oui. On rangerait un peu, on partagerait ce qu’il restait dans mon sac, on s’endormirait collées. L’idée était douce. Séduisante. La pluie diminuait déjà dehors.
Mais quelque chose a basculé pendant que je la regardais respirer. Son visage détendu, les lèvres encore brillantes. J’ai senti une petite fissure s’ouvrir en moi. Est-ce que c’était réel, ce qu’on venait de promettre ? Ou seulement la cabane, l’averse, les mois d’abstinence qui parlaient plus fort que nous ? Je me suis demandée si, demain matin, sous le soleil, elle me regarderait encore de la même façon, ou si mon appareil photo et mon billet de train redeviendraient plus importants. Un doute froid, presque physique, s’est installé juste sous mon sternum. Elle a murmuré mon prénom, endormie déjà à moitié. Moi, j’ai serré son corps plus fort, mais mon cœur battait trop vite pour une autre raison. Le plaisir était fini. Et quelque chose, quelque part, n’allait pas.
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