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Masques Levés, Son Regard M’a Prise

Beatrice, 28 ans, illustratrice, et Paulina, 32 ans, avocate, se renversent du champagne dessus lors d’un bal masqué, puis baisent passionnément chez cette dernière jusqu’au petit matin.

11 min read October 23, 2026New

Le grand salon de l'hôtel particulier, rue de Varenne, brillait d'un éclat un peu trop bien élevé. Les lustres multipliaient les loups de velours, les robes frôlaient le parquet, et un quatuor à cordes s'acharnait à couvrir des rires que les masques n'étouffaient qu'à moitié. Beatrice, vingt-huit ans, illustratrice indépendante, tira sur le bord de son loup noir. Ses carnets, à l'atelier, débordaient de nus plus honnêtes que ses factures ; ici, c'était elle qu'on aurait pu croquer, soie bordeaux collée aux reins, coupe de champagne pleine à ras bord. Pleine, précisément, parce qu'elle n'y avait pas touché. L'alcool lui brouillait le trait. Elle préférait l'œil clair, la langue un peu trop vive, et la certitude de savoir encore compter jusqu'à dix si quelqu'un de beau la regardait trop longtemps.

Quelqu'un de beau la regardait trop longtemps.

De l'autre côté de la piste, une femme ne dansait pas. Robe noire, fente haute, posture de quelqu'un qui gagne ses dossiers avant même d'ouvrir la bouche. Paulina, trente-deux ans, avocate réputée pour faire plier les contrats récalcitrants, portait un loup d'argent aux attaches discrètes. Son regard, lui, n'avait rien de discret. Il traversa la salle, se posa sur Beatrice, et n'en bougea plus, avec la patience d'une femme qui sait déjà comment finira l'audience. Beatrice sentit son ventre se serrer, pas de peur : de cette bêtise joyeuse qui précède les très mauvaises idées. Elle se surprit à imaginer le son de cette voix avant même de l'avoir entendue, grave, moqueuse, le genre de voix qui dit objection et vous donne envie de perdre. Elle se dit qu'elle allait traverser avec dignité. Elle se dit aussi, très clairement, que cette inconnue avait une bouche à dessiner et des hanches à plaider.

Elle leva sa coupe, sans boire, en salut idiot. Paulina inclina le menton. Le quatuor enchaîna une mesure trop sentimentale. Beatrice fit trois pas de déesse. Son talon croisa le tapis.

La coupe bascula.

Le champagne décrivit un arc mince, presque élégant, et s'écrasa dans le décolleté de Paulina. Deux secondes de silence. Un hoquet de rire, quelque part, vite ravalé. Beatrice sentit la chaleur lui monter au visage sous le velours. Intérieurement, elle enterrait déjà sa carrière, sa dignité et le pressing du quartier.

— Oh non. Non. Je suis une catastrophe ambulante, pas une invitée, balbutia-t-elle, déjà penchée, une serviette en papier ridicule à la main. Ta robe. Ton tout. Pardon, je te vouvoie encore ? Non. Tu. Je te tutoie, puisque je viens de te baptiser sans demander la permission. Je m'appelle Beatrice. Vingt-huit ans, illustratrice, spécialiste des excuses qui empirent tout.

Paulina baissa les yeux vers la tache claire entre ses seins, puis releva un regard où l'amusement écrasait l'outrage.

— Paulina. Trente-deux ans, avocate. Spécialiste des pièces à conviction, et tu viens de m'en fournir une superbe. Tu comptes essuyer, ou tu préfères contempler ton œuvre en silence gêné ?

— Essuyer. Contempler. Les deux, si c'est recevable. Je paie le pressing, le teinturier, et l'âme du tissu s'il en a une.

Beatrice appuya la serviette avec la prudence d'une restauratrice. La peau sous la soie était chaude. Paulina ne recula pas d'un millimètre. Un sous-entendu passa entre elles, assez épais pour être signé devant notaire.

— Si je frotte plus fort, je risque d'aggraver le délit, murmura Beatrice.

— Ou de le qualifier en flagrant délit de flirt. Tu as une préférence, illustratrice ?

— J'ai une préférence pour ne pas finir à genoux dans une salle pleine de témoins. Enfin. Pas ici. Pas avec le quatuor comme accompagnement.

Paulina rit, bas, ravi, et ce rire fit à Beatrice l'effet d'une main posée trop bas dans le dos.

— Alors suis-moi. Petit salon au fond du couloir. On va nettoyer. Mot très juridique, très innocent, absolument pas ce que je suis en train d'imaginer depuis que tu as levé ta coupe sans boire.

— Tu imaginais déjà ?

— J'aime les femmes qui gardent la tête froide. La mienne est froide aussi : je n'ai pas bu, tu n'as pas bu, et si l'une de nous dit stop, on s'arrête. Le reste, on peut le négocier. Viens, avant que je décide que ton champagne était une stratégie.

Beatrice la suivit, cœur au trot, parfaitement sobre, parfaitement en train de perdre la partie avec le sourire. Dans le couloir, une dame masquée faillit les héler. Paulina la salua d'un signe de reine et poussa Beatrice dans l'embrasure avant que la conversation ne les rattrape. Leurs doigts se frôlèrent sur la poignée. Ce n'était pas un accident, cette fois. Beatrice le sut à la façon dont Paulina laissa son index s'attarder sur le sien, une seconde de trop, délibérée, moqueuse.

Le petit salon sentait le cuir et le bois ciré. Canapé profond, console, broc d'eau, serviettes pliées comme si les catastrophes mondaines étaient au programme. Paulina referma la porte. Le loquet cliqueta. Le bruit du bal devint un murmure, et Beatrice entendit trop bien son propre sang.

— Règle simple, dit Paulina, joueuse. On ne retire rien que l'autre n'ait pas envie de voir partir. Tu me dis si tu veux que je recule. D'accord ?

— D'accord. Et si j'ai envie que tu restes exactement là pendant que je répare mes bêtises ?

— Alors répare. Mais je vais commenter. C'est plus fort que moi.

Beatrice trempa une serviette. Ses doigts tremblaient, pas de peur : d'envie, celle qui rend les traits plus justes sur le papier et les gestes plus lents dans la vie. Elle tamponna le décolleté. La soie collait. Paulina écarta elle-même le tissu, geste clair, offert. La lampe trouva la courbe d'un sein, le bord d'un téton qui se dressa sous la fraîcheur de l'eau. Beatrice en oublia la serviette une seconde. Son regard glissa, gourmand, et Paulina le vit, le savoura.

— Tu me regardes comme un croquis, souffla-t-elle.

— Je te regarde comme une femme que j'ai très envie de toucher, et le croquis viendra après si tu me laisses les mains. Tes seins sont indécents. Dans le bon sens. Le sens où j'oublie mon métier et mes excuses.

— Continue. Les compliments osés, c'est recevable devant cette cour. Mes hanches, pendant que tu y es ? Ou tu réserves ça pour les conclusions ?

Beatrice posa la serviette. Ses doigts, encore frais, suivirent le sein, descendirent le long des côtes, s'attardèrent à la taille, puis sur la hanche, là où la fente s'ouvrait sur une cuisse chaude. Frôlement délibéré, puis un autre, plus appuyé, quand Paulina ne recula pas et poussa même un peu la hanche dans sa paume. Le rire de l'avocate se coinça plus bas, contre une chaleur nouvelle. Beatrice pensa, très distinctement, qu'elle pourrait passer la nuit à apprendre cette courbe-là, et que ce serait la première fois depuis longtemps qu'un modèle lui rendrait son regard avec autant d'ironie tendre.

— Tes hanches sont un argument massue, dit-elle. Ta bouche, je ne l'ai même pas encore plaidée. Et tes cuisses, si je continue, je vais devenir grossière.

— Deviens grossière. J'ai passé la journée à être précise. Ça me repose.

Leurs masques se cognèrent, ridicule, carton contre velours, et elles rirent dans le même souffle. Puis la voix de Paulina baissa, joueuse, rauque, tout contre l'oreille de Beatrice.

— J'ai très envie d'enlever mon masque. Et bien plus. La robe. La petite culotte que je n'ai pas mise. L'idée de retourner sourire à des associés. Dis-moi que tu veux ça, ou embrasse-moi comme une gourmande, ce sera la même réponse.

Beatrice répondit par le baiser. Pas un baiser volé : un baiser choisi, profond, bouche ouverte, langue contre langue, consentement entier dans la façon dont elle attira Paulina par la nuque et dont Paulina lui rendit tout, affamée, en riant encore un peu contre ses lèvres. Le champagne jamais bu n'y était pour rien. C'était elles, sobres, chaudes, déjà perdues. Quand elles se séparèrent, Beatrice avait la bouche gonflée et les idées très claires.

— Je te veux. Maintenant. Sur ce canapé. Et tu me dis si je vais trop vite.

— Tu ne vas pas assez vite. À genoux, illustratrice. Montre-moi ce que fait ta bouche quand elle ne s'excuse plus.

Beatrice rit, un rire un peu fou, et s'agenouilla sur le tapis. Paulina s'assit au bord du canapé, écarta les cuisses, releva la robe noire. Pas de culotte. Bien sûr. Beatrice resta une seconde bouche ouverte, admirative, indécente, le cœur cognant. La chatte de Paulina brillait déjà, lèvres gonflées, offerte sans théâtre.

— Tu étais venue pour conclure, ou c'est moi qui te fais cet effet depuis la tache ?

— Les deux. Et si tu parles au lieu de lécher, je te facture l'heure. Taux d'associée. Tu ne t'en remettras pas.

— Menace terrible. J'ouvre le dossier.

Elle embrassa l'intérieur d'une cuisse, puis l'autre, lente, taquine, jusqu'à ce que Paulina grogne son prénom sans plus aucune robe d'audience. Alors Beatrice posa la bouche sur sa chatte. Paulina était trempée, chaude, le goût salé-sucré de quelqu'un qui mouillait depuis le couloir. Beatrice lécha un long coup, du bas vers le clitoris, et Paulina jura en riant, une main déjà dans ses cheveux, pour tenir, pas pour forcer. Beatrice le sentit à la douceur du poignet, à la façon dont les doigts se desserraient dès qu'elle relevait la tête.

— Putain. Oui. Comme ça. Tu renverses le champagne et tu répares en me bouffant. J'adore ta jurisprudence.

Beatrice glissa deux doigts en elle, doucement, et les enfonça quand Paulina poussa les hanches avec un oui clair, les deux, vas-y, je le veux. Elle les recourba, chercha, trouva le point qui fit se cabrer le ventre sous la soie froissée. Sa langue alternait sans pitié joueuse : elle suçait le clitoris, le prenait entre les lèvres, le relâchait avec un petit bruit humide qui les fit rire toutes les deux, puis revenait à des coups de langue rapides, précis, insolents. Paulina haletait, commentaire compris, cuisses tremblantes autour de ses épaules.

— Tu suces comme si tu voulais un prix. Moins polie, plus gourmande. Oui, mon clito, encore. Tes doigts au fond. Beatrice, si tu continues, je jouis avant de t'avoir rendu la pareille, et ce serait juridiquement inéquitable. Scandaleux. Presque autant que ta langue.

— Alors allonge-toi, dit Beatrice, la bouche brillante, les yeux allumés sous le loup. Soixante-neuf. Je refuse de perdre ce procès.

Elles basculèrent sur le canapé dans un fouillis de soie, de genoux cognés et de rires étouffés contre la peau. Un talon tomba. Personne n'alla le chercher. Paulina, robe aux hanches, se plaça au-dessus, cuisses ouvertes autour du visage de Beatrice, et plongea entre les siennes après avoir écarté la dentelle d'un doigt impatient. Le premier coup de langue la fit grogner d'approbation, presque vexée d'être aussi douée.

— Oh, toi aussi tu es trempée. L'illustratrice sobre qui mouille comme si on l'avait dessinée pour ça. Magnifique. Je peux te prendre avec les doigts ?

— Oui. S'il te plaît. Deux. Je les veux.

Paulina enfonça deux doigts et se mit à la sucer en même temps, appliquée, vicieuse, rieuse quand Beatrice sursauta et lui rendit la pareille plus fort. Elles se dévorèrent. Le canapé grinça, indigné. Beatrice léchait, doigtait, avalait le goût de Paulina, tandis que la bouche de Paulina lui ouvrait les cuisses et que ses doigts la travaillaient sans pitié tendre, recourbés, réguliers, exactement là où ça faisait flancher le rire. Paulina dominait à peine, juste assez pour que ce soit un jeu : une main maintint la tête de Beatrice contre sa chatte, ferme, joueuse, et elle parla entre deux coups de langue, obscène et hilare, la voix cassée par ses propres gémissements.

— Reste là. Bouffe-moi. Oui, ta langue sur mon clito, tes doigts bien au fond, tu es une petite salope adorable avec cette bouche. Je vais jouir sur ton visage, tu entends ? Et toi tu vas jouir sur le mien, parce que je ne lâche rien. Marché équitable. Oh, putain, plus vite, Beatrice, plus vite, je vais, je ris et je jouis, c'est ridicule, c'est parfait, ne t'arrête pas.

Beatrice gémit dans sa chatte, le son vibrant contre le clitoris, et ce fut assez. Paulina jouit fort, bruyante, sans aucune dignité de prétoire, la chatte pulsant autour des doigts, le plaisir lui coulant sur la langue et le menton, un rire mêlé au cri. Au même instant les doigts et la bouche acharnée de Paulina arrachèrent Beatrice à elle-même : elle jouit à son tour, cuisses tremblantes, en plein sur la bouche et le masque de Paulina, un flot chaud, incontrôlé, délicieusement indigne. Elles restèrent collées, haletantes, le visage de chacune brillant du plaisir de l'autre, le quatuor très loin, le monde réduit à une respiration partagée et à l'odeur du sexe sur la soie noire.

— On vient de se jouir sur la figure, articula Beatrice, morte de rire et de jouissance. Avec une élégance de zéro. Aucun regret.

— Aucun, confirma Paulina, voix enrouée, heureuse, le menton humide. Sauf le masque. Il est fichu. Le tien aussi. On les enlève ? J'ai envie de voir qui je suis en train d'adorer.

Elles s'assirent, genoux mêlés, et dénouèrent les attaches en riant encore, maladroites, tendres. Le velours noir tomba. L'argent suivit. Beatrice découvrit un visage net, des yeux sombres encore brillants, une fossette que le loup avait cachée et qui rendait l'avocate soudain moins arme et plus femme. Paulina regarda les taches d'encre au coin des doigts, le nez un peu de travers, le sourire qui ne savait pas se tenir, et éclata de rire.

— Te voilà. Pire que ce que j'espérais. Donc parfaite. Bonsoir, Beatrice sans masque.

— Bonsoir, Paulina sans armure. Tu es illégale. Si on retourne dans la salle, je vais te dessiner sur toutes les nappes.

— On ne retourne pas. Pas tout de suite. Tu viens chez moi. On quitte ce bal pendant qu'on a encore des jambes, on enfile des peignoirs, on commande des sushis, et on recommence sur un canapé qui ne risque pas de porter plainte. Je te le promets : la nuit, le petit matin, et une deuxième manche où c'est toi qui me tiens la tête. Tu promets de venir ?

— Je promets. Et je promets de ne plus renverser de champagne. Sauf si tu me supplies.

Elles se rhabillèrent de travers, masques à la main, et filèrent par l'escalier de service comme deux complices qui auraient volé le plus beau des orgasmes. Le taxi les déposa devant un immeuble du septième dont l'ascenseur sentait le propre. Dans la cuisine de Paulina, deux peignoirs trop grands, deux verres d'eau, toujours pas d'alcool, elles voulaient se souvenir de chaque détail, et une commande de sushis ouverte sur le plan de travail. Trop de saumon. Pas assez de patience. Le peignoir de Paulina sentait le savon et, encore, un peu elles. Beatrice noua le sien de travers et promit, la bouche contre la fossette, qu'elle resterait jusqu'à ce que le jour rende les masques vraiment inutiles. Paulina, peignoir entrouvert sur un sein que Beatrice avait déjà dans la bouche de sa mémoire, l'embrassa entre deux serments : demain encore, la semaine prochaine sans velours, un carnet rien que pour cette fossette et cette chatte.

Le livreur sonna. Paulina alla ouvrir, l'air d'une femme qui a gagné. Beatrice, restée près du plan de travail, retourna par habitude le carton froissé au fond de son clutch.

En lettres d'or, son prénom était déjà relié à celui de Paulina par la main de Lorenzo, et la note disait : « Discours de minuit, toutes les deux. Le masque ne vous sauvera pas : je vous ai inscrites comme couple à la tribune. »

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