Frisson Glacé entre Noelle et Lucia
Deux serveuses coincées par la tempête passent la nuit à s'avouer leur désir brûlant.
Je m’appelle Noelle. J’ai vingt-huit ans, et depuis trois saisons je sers les tables du chalet, le carnet coincé dans la ceinture, la voix basse, les yeux qui fuient dès qu’on me regarde trop longtemps. Lucia a trente-deux ans. Elle est cheffe pâtissière, et quand elle traverse la cuisine, le feu lui obéit. Ce soir-là, la tempête a refermé la montagne sur nous. La neige cognait aux vitres comme une foule. Les clients étaient partis avant la fermeture de la route, Benedict avait appelé pour dire qu’il restait bloqué dans la vallée, et Marco, le second, n’avait pas dépassé le dernier virage. Il ne restait que nous deux, la lumière jaune des suspensions, et le silence épais d’une cuisine qui venait de s’arrêter de vivre.
Je lavais encore un verre que personne ne réclamerait. Mes mains tremblaient un peu, pas de froid seulement. Toute la soirée, Lucia m’avait frôlée. Son avant-bras contre le mien quand elle déposait les assiettes. Sa hanche contre ma hanche dans le passage trop étroit entre le piano et le passe. Des contacts qu’on peut toujours nier. Sauf que ses yeux, eux, ne niaient rien. Elle me regardait comme on goûte une crème qu’on n’a pas le droit de servir. Moi, je baissais le nez dans les couverts et je sentais quand même, entre mes cuisses, cette chaleur honteuse qui revenait dès qu’elle prononçait mon prénom.
« Noelle. » Sa voix a claqué doucement derrière moi. « Laisse ça. Le courant peut sauter. On va geler si on reste plantées là. »
Je me suis retournée. Elle avait retiré sa veste de cuisine. En dessous, un débardeur noir collait à sa poitrine, et la farine dessinait une traînée pâle sur sa clavicule. Trente-deux ans, les bras forts des gens qui pétrissent, la bouche sérieuse, les cheveux noirs relevés n’importe comment. Elle m’a tendu une couverture prise dans le réduit du personnel. Nos doigts se sont touchés sur la laine. Aucune de nous n’a retiré sa main tout de suite.
Nous avons poussé deux chaises devant l’insert, là où le feu ronflait encore. La grande baie montrait un monde blanc, sans route, sans phares. Coincées. Le mot a tournoyé dans ma tête et m’a rendue plus mouillée que je ne voulais l’admettre. Lucia s’est assise tout près. La couverture est tombée sur nos genoux, une seule, trop étroite pour deux femmes qui prétendraient ne pas se désirer. Son épaule contre la mienne. Son parfum de vanille, de beurre chaud, de peau.
« Tu trembles », a-t-elle dit.
« J’ai froid. »
« Non. » Elle a tourné le visage vers moi. Ses yeux étaient sombres, francs, sans la politesse du service. « Tu trembles depuis des mois quand je passe derrière toi. Moi aussi. Je fais semblant d’avoir besoin d’un torchon juste pour te frôler. C’est pathétique, non ? »
Mon cœur a cogné si fort que j’ai cru qu’elle l’entendait. J’ai voulu rire. Rien n’est sorti.
Elle a baissé les yeux vers la couverture, puis plus bas, là où le tissu moulait ma taille. « Tu as des hanches… » Elle a cherché le mot, elle qui ne cherchait jamais. « Des hanches qui me rendent folle. Cette courbe, là. Quand tu te penches pour débarrasser, je dois me retenir de poser les mains dessus. Depuis des mois, Noelle. Depuis le premier service de la saison, et tu avais déjà vingt-huit ans, et moi déjà trente-deux, et je n’avais aucune excuse. Je me touche en pensant à toi. Dans ma chambre, au-dessus de la réserve. Je murmure ton prénom quand je jouis. »
La confession est tombée dans l’air glacé et l’a rendu brûlant. J’aurais dû avoir peur. J’avais surtout envie. Envie qu’elle continue. Envie que ce soit vrai. J’ai posé ma main sur la sienne, sous la laine. Mes doigts étaient maladroits. Les siens se sont refermés aussitôt, solides.
« Moi aussi », ai-je soufflé. « Je n’osais pas. Je te regardais les bras. La bouche. Je me demandais quel goût tu avais. »
Lucia n’a pas attendu davantage. Elle s’est penchée. Son souffle a touché ma lèvre avant sa bouche. J’ai avancé la mienne, hésitante, un baiser trop léger, presque une question. Elle a répondu en m’ouvrant. Sa langue a trouvé la mienne avec une avidité qui m’a fait gémir contre elle. Ce n’était plus un frôlement qu’on pouvait nier. C’était sa main dans mes cheveux, sa bouche qui me dévorait, le petit bruit mouillé de nos lèvres. J’ai dit oui contre sa langue. Elle a dit mon prénom contre la mienne.
La couverture a glissé. Ses paumes ont remonté sous mon pull, sur la peau nue de mon ventre, puis plus haut, jusqu’à mes seins. Elle les a pris à pleines mains, doucement d’abord, puis avec cette faim que j’avais vue dans ses yeux pendant le service. Mes tétons se sont dressés sous ses pouces. J’ai cambré le dos sans réfléchir. Mes propres mains ont trouvé sa taille, son dos, la chaleur de son débardeur, puis la peau en dessous. Elle était brûlante. Je l’ai caressée comme si j’avais le droit, enfin, et elle a grogné dans ma bouche un « oui, touche-moi » qui a fait voler le reste de ma timidité.
Nous nous sommes embrassées longtemps, à genoux sur le tapis devant le feu, les vêtements repoussés plus qu’enlevés. Sa cuisse s’est glissée entre les miennes. J’ai frotté contre elle, honteuse et trempée, et elle a ri tout bas, un rire tendre et sale.
« Tu es déjà mouillée. Je le sens à travers ton pantalon. Viens. Pas ici. Je veux te voir dans la lumière de la cuisine. Je veux que tu te rappelles où tu travaillais quand je t’ai fait jouir la première fois. »
Elle m’a relevée. Je l’ai suivie. Consentement clair, dans chaque pas, dans ma main qui serrait la sienne. Le comptoir d’inox était froid quand elle m’y a plaquée, le dos contre le rebord, face à elle. Le choc du métal sur mes reins m’a fait haleter. Lucia a soulevé mon pull, l’a passé par-dessus ma tête, a dégrafé mon soutien-gorge d’un geste sûr. Mes seins ont jailli dans l’air glacial de la cuisine éteinte. Elle les a regardés comme une pâtissière regarde une pièce qu’elle s’apprête à manger.
« Putain, Noelle. Ils sont parfaits. »
Sa bouche s’est refermée sur mon sein gauche. Chaude, large, gourmande. Sa langue a tourné autour du téton, l’a tapoté, l’a sucé jusqu’à ce que je m’agrippe à ses cheveux. Elle est passée à l’autre, a mordu juste assez pour que je crie, puis a léché la morsure comme pour s’excuser et recommencer. Ses mains descendaient déjà. Bouton. Braguette. Elle a fait glisser mon pantalon et ma culotte ensemble, m’a aidée à en sortir une jambe, l’autre. Nue devant elle, les fesses contre l’inox, j’ai écarté les cuisses parce qu’elle me l’a demandé d’une voix basse, et parce que je le voulais.
« Dis-moi que tu veux ma bouche », a-t-elle murmuré, à genoux maintenant, le visage à hauteur de mon sexe.
« Je veux ta bouche. Lèche-moi. S’il te plaît, Lucia. »
Elle a soufflé sur mes lèvres mouillées, puis sa langue s’est posée, plate, lente, de mon entrée jusqu’à mon clitoris. J’ai failli tomber. Elle m’a maintenue par les hanches, ces hanches qu’elle avait avouées, et elle m’a dévorée. Pas un coup de langue poli. Une faim. Elle suçait mon clitoris, le relâchait, y revenait avec le plat, puis la pointe, puis ses lèvres entières. Deux doigts se sont glissés en moi, épais, précis, et ont trouvé cet endroit qui me fait voir blanc. Je gémissais sans retenue. Les mots sortaient crus, impossibles à ravaler.
« Là. Oui. Ta langue. Encore. Tu me manges si bien. Je vais jouir sur ta bouche, Lucia, je vais jouir. »
Elle a accéléré. Les doigts courbés, la langue acharnée, le nez dans mes poils courts, le bruit obscène de ma chatte trempée. L’orgasme m’a prise comme une crampe de plaisir, violent, du ventre jusqu’aux genoux. J’ai crié son nom. Mes cuisses ont tremblé autour de sa tête. Elle n’a pas reculé. Elle a bu ce que je lui donnais, a léché jusqu’à ce que je la repousse, trop sensible, en riant et en pleurant un peu.
Quand j’ai rouvert les yeux, elle me regardait d’en bas, la bouche brillante, fière. « Encore ? » a-t-elle demandé.
« À mon tour. »
Je l’ai fait se relever. Mes jambes tenaient à peine, mais le désir avait changé de sens. Je voulais la voir perdre cette assurance. Je voulais être celle qui la faisait supplier. Je l’ai embrassée et j’ai goûté ma propre cyprine sur sa langue, salée, intime, terriblement excitante. Puis je me suis agenouillée sur le carrelage froid. Lucia a retiré son débardeur. Ses seins étaient plus lourds que les miens, les tétons sombres, dressés. J’en ai embrassé un au passage, vite, parce que sa main sur ma nuque me guidait plus bas.
J’ai ouvert son pantalon. Elle ne portait rien en dessous. Sa chatte était déjà luisante, les lèvres gonflées, le clitoris qui pointait sous mes doigts quand je les ai écartées. L’odeur m’a prise à la gorge, propre et animale, et j’ai enfoui mon visage sans plus de timidité. Ma langue a tracé toute sa fente. Elle a juré. J’ai sucé son clitoris comme elle avait sucé mes tétons, avec application, avec faim, en écoutant ce qui la faisait tressaillir. Deux doigts en elle, puis trois quand elle a dit « plus, Noelle, fourre-moi ». Elle était étroite et brûlante. Ses parois se contractaient autour de mes phalanges. Je courbais les doigts, je léchais, je relevais les yeux pour la voir, tête renversée, bouche ouverte, une main crispée sur le rebord du comptoir.
« Regarde-moi », ai-je dit, la bouche contre elle. « Regarde ta serveuse te bouffer la chatte. »
Elle a baissé les yeux. Quelque chose s’est brisé dans son visage, une retenue de cheffe. « Putain. Oui. Comme ça. Ta bouche est faite pour ça. Ne t’arrête pas. Je veux jouir sur ta langue. »
Je ne me suis pas arrêtée. J’ai accéléré la succion, le va-et-vient de mes doigts, le pouce qui écartait ses lèvres pour que ma langue ait tout. Lucia a joui en criant, les hanches qui venaient à ma rencontre, une main dans mes cheveux pas pour me forcer mais pour se retenir de tomber. Son plaisir a coulé sur mon menton. Je l’ai léchée encore, douce maintenant, jusqu’à ce qu’elle me relève et m’embrasse comme si elle voulait se goûter elle-même.
Nous n’avions pas fini. Le feu, au loin, craquait. Dehors, la neige continuait. Lucia m’a attirée sur le tapis, devant l’insert, là où la couverture était restée. Elle s’est allongée sur le flanc, a passé une jambe entre les miennes, puis a changé d’avis.
« Je veux te sentir contre moi. Ta chatte contre la mienne. Viens. »
Nous nous sommes emboîtées, cuisse contre cuisse, ses lèvres contre les miennes, glissantes, brûlantes, le choc doux de nos clitoris quand nous avons trouvé l’angle. Le premier frottement m’a arraché un gémissement. Le deuxième aussi. Lucia a saisi ma hanche et a donné le rythme, lent d’abord, puis plus dur, nos sexes qui se frottaient dans un bruit mouillé, obscène, parfait. Je voyais tout. Ses seins qui ballottaient. Sa bouche entrouverte. Le tendon de son cou. Je me frottais en retour, les mains sur ses fesses, pour la coller plus fort.
« Tu sens comme on est trempées », a-t-elle haleté. « Deux chattes l’une sur l’autre. Frotte-toi. Use-toi sur moi. Je veux qu’on jouisse ensemble, Noelle. Dis des saloperies. J’aime ta voix quand tu n’oses plus être sage. »
« Ta chatte est si bonne contre la mienne. Je veux jouir en te frottant le clito. Encore. Plus fort. Écrase-toi sur moi. Oui, comme ça, salope, comme ça. »
Le mot est sorti sans méchanceté, et elle a ri, ravie, avant de le me rendre. « Ma petite serveuse coincée qui me traite de salope pendant qu’elle trempe le tapis. Jouis. Jouis avec moi. »
Ça montait trop vite pour être contenu. Nos fronts se sont collés. Nos bouches se cherchaient entre deux plaintes. Le frottement est devenu frénétique, désordonné, précis quand même là où il fallait. J’ai senti son clitoris pulser contre le mien. Elle a dit mon nom. J’ai dit le sien. L’orgasme nous a prises ensemble, une vague qui se répondait, elle qui se cambrait, moi qui la serrais, nos chattes qui glissaient l’une sur l’autre dans le plaisir jusqu’à ce que nos cuisses tremblent et que nous retombions, emmêlées, le souffle court, la peau collée de sueur malgré le froid de la pièce.
Nous sommes restées ainsi longtemps. Sa main traçait des cercles sur mon ventre. La mienne jouait avec une mèche échappée de son chignon. Dehors, le vent avait un peu baissé. Dedans, le feu n’était plus que braises.
« Ne bouge pas », a dit Lucia.
Elle s’est levée, nue, splendide dans la pénombre, et a disparu vers le piano. J’ai entendu le lait, la casserole, le petit claquement d’un fouet. Quand elle est revenue, elle portait deux tasses fumantes, et sur chacune une montagne de chantilly qu’elle avait montée à la main, inutile et parfaite. Elle s’est rassise contre moi, a tiré la couverture sur nos épaules, et m’a tendu une tasse.
Le chocolat était trop chaud, trop sucré, exactement ce qu’il fallait. Nous avons bu en nous regardant, un peu gênées maintenant que le cri était retombé, et très peu gênées quand même. De la chantilly est restée sur sa lèvre supérieure. Je me suis penchée et je l’ai léchée. Elle a ri dans ma bouche. Nous nous sommes embrassées doucement, cette fois, sans urgence, le goût du cacao et de nous.
« Je ne veux pas que ce soit seulement la tempête », ai-je dit. Ma voix ne tremblait plus. « Demain, quand la route rouvrira, je ne veux pas faire semblant au service. Je ne veux plus baisser les yeux. »
Lucia a posé son front contre le mien. « Moi non plus. On transforme cette nuit. On en fait un commencement. Toi et moi, au grand jour, dès que la neige voudra bien. D’accord ? »
« D’accord. »
Nous avons trinqué avec les tasses, ridicule et solennel. Elle a rebouché ma bouche d’un baiser à la chantilly. Nous avons parlé à voix basse de la chambre au-dessus de la réserve, de mes dimanches, de la façon dont elle poserait la main sur mes hanches devant le passe, sans plus se cacher. Elle croyait à l’aube que nous partagerions. Elle croyait que Benedict arriverait trop tard pour nous séparer de cette décision.
Je n’ai pas corrigé.
Quand elle s’était levée pour le chocolat, son téléphone, resté face contre le comptoir, s’était allumé sous mon coude. J’avais lu sans le vouloir, puis en le voulant. Un message de Marco, envoyé vingt minutes plus tôt : la lame était passée, la départementale était rouverte sur un seul couloir, il serait à la porte de service avant le jour, avec Benedict dans la voiture, pour rouvrir la cuisine. Lucia n’avait pas vu l’écran. Elle ne savait pas que le matin qu’elle me promettait était déjà en route dans la neige.
Je l’ai laissée poser sa tasse, poser sa tête sur mon épaule, parler encore de nous comme d’une chose qui aurait le temps. J’ai embrassé ses cheveux. J’ai gardé le secret contre ma langue, sucré comme la chantilly, et je n’ai rien dit.
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